ATTENTION : Votre alcool maison peut-il vous rendre malade?

alcool distillé maison égal dangerJe ne vous mentirai pas. Oui, vous pouvez tomber malade en buvant votre propre alcool.

Attendez! Ne laissez pas tomber ce site. Laissez-moi d’abord m’expliquer.

Ne prêchez pas par l’excès

Je vous garantis que, si après avoir embouteillé votre première cuvée de trente bouteilles, fier de votre travail, vous décidez d’y faire honneur avec excès en buvant la moitié de votre production en deux jours, oui, je suppose que vous serez malade.

Deuxièmement, votre propre alcool, comme n’importe quel autre aliment, peut être contaminé par des micro-organismes indésirables et aussi des moisissures si vous ne prenez pas les précautions requises pour le conserver. Mais, ne vous en faites pas, aucune bactérie dangereuse ne contaminera votre alcool si vous prenez les précautions normales requises : éviter les contaminations croisées (par exemple en travaillant sur une surface non nettoyée qui s’est trouvée en contact avec des viandes ou poissons crues), bien choisir ses ingrédients, stériliser ou pasteuriser le matériel et les ingrédients.

Les contaminations par des micro-organismes dangereux sont très rares et normalement dues à de mauvaises manipulations. De façon générale, les bactéries qui pourraient contaminer votre breuvage vont surtout rendre votre alcool malodorant ou lui donner un goût qui ne plaira pas à vos papilles gustatives. Les cas graves d’intoxication à l’alcool artisanal qui ont fait la manchette des médias sont plutôt reliés à la fabrication d’alcool distillé. Ce guide ne vous enseignera pas et ne vous recommandera pas d’en fabriquer.

Ayez de saines pratiques d’hygiène

Ce guide insiste toutefois et vous donne tous les outils pour vous inciter à pratiquer de saines habitudes afin de garder votre matériel stérile en tout temps pour éviter les contaminations.

La stérilisation est une étape importante qu’il faut toujours avoir en tête lorsqu’on fabrique de l’alcool, car votre alcool devra ordinairement reposer durant de longues périodes avant d’être consommé. Cette période dite de vieillissement permet au breuvage de s’améliorer et de développer ses saveurs. Mais, si les étapes de stérilisation n’ont pas été respectées, le breuvage pourrait être contaminé et les micro-organismes indésirables auront alors tout le temps nécessaire pour se reproduire et gâcher votre produit fini.

N’ayez crainte, comme n’importe quel aliment, dans la plupart des cas, si ça goûte ou sent « drôle », vous le saurez. Il ne restera plus qu’à le jeter.

Ça arrive parfois…

J’ai moi-même fait de nombreuses cuvées et il m’est arrivé de contaminer une cuvée à de rares occasions. Cela vous arrivera aussi. Dans certains cas j’ai pu la réchapper, dans d’autres, j’ai préféré jeter le tout. Chaque fois, c’était ma faute. J’étais pressé, j’ai oublié de stériliser un de mes outils de travail adéquatement. Je savais, dès le début, qu’il y avait un risque que ma cuvée soit contaminée.

Mais, personnellement, je n’ai jamais été malade en buvant mon alcool artisanal, mes amis et ma famille non plus. Je n’ai jamais non plus été malade en mangeant ma sauce à spaghetti. Ma conjointe, par contre, est tombée malade en mangeant ma recette de moules marinières que je lui avais préparé lors d’un souper romantique de St-Valentin. Dieu que ces moules étaient succulentes! On m’avait aussi dit que les moules étaient aphrodisiaques… Je passerai là-dessus!

Pas plus dangereux que de manger de la viande

Fabriquer ses propres breuvages fermentés n’est pas plus dangereux à l’égard du risque d’empoisonnement alimentaire que le risque lié à n’importe quel aliment de consommation générale et même beaucoup moins risqué dans plusieurs cas (conserves, fromages, viandes ou poissons crus…). D’autant plus que l’alcool en soi, ainsi que le souffre généré par l’action de la levure, autant que les sulfites que vous ajouterez à vos breuvages dans bien des cas, contribueront à fournir un milieu peu propice à la survivance de micro-organismes indésirables.

Gardez simplement en tête que vous laisserez reposer vos breuvages pour de longues périodes et qu’en conséquence, vous devrez vous assurer qu’ils soient fabriqués dans des conditions adéquates en tout temps. De saines pratiques de nettoyage et de stérilisation vous garderont loin des risques (minimes) liés à la fabrication d’alcool.

Et, si un jour vous ratez une cuvée, jetez-là, puis recommencez! C’est aussi simple que ça.

Un kit pasteurisé réduit grandement les risques

Finalement, si vous fabriquez de l’alcool à partir d’un kit ou encore à partir de jus pasteurisé, les risques de contamination si votre matériel est bien stérilisé sont très minces. Là où les risques sont plus élevés, c’est si vous décidez de fabriquer de l’alcool à partir de jus frais non pasteurisés ou de fruits ou légumes frais. En effet, ces fruits ayant séjournés dehors durant leur croissance, ils peuvent s’être retrouvés en contact avec le sol, avec des insectes, avec des animaux sauvages et des oiseaux ou leurs déjections, avec des pesticides, avec des engrais, bref, avec un tas de produits que vous ne voulez pas dans votre alimentation.

Évidemment, si vous décidez de ramasser des pommes très mûres qui ont séjourné par terre durant plusieurs jours à la portée des insectes et animaux sauvages et décidez de les presser pour en extraire un jus très sucré en vous disant que vous ferez un excellent cidre avec et que vous ne pasteurisez pas ce jus avec les meilleures méthodes, alors vous augmentez bien sûr les risques de façon exponentielle. Je ne vous recommande indubitablement pas de faire cela, bien que plusieurs personnes l’aient fait au fil des siècles et que vous trouverez probablement des recettes vous le suggérant. L’alcool généré, contrairement à la croyance populaire, ne sera pas suffisant pour stériliser le cidre produit.

En pasteurisant ces jus, on réduit les risques au minimum. Toutefois, la pasteurisation « maison » n’est pas garantie, ni efficace à 100%. Quant aux produits chimiques comme les sulfites ou le chlore, ils détruiront la grande majorité des bactéries, mais certaines peuvent leur résister, d’autant plus si la concentration de sulfite est insuffisante dans le moût.

Des millions de personnes fabriquent de l’alcool

Néanmoins, chaque année, des millions de personnes fabriquent de l’alcool à la maison et il est rare que des cas de contamination soient rapportés. Si vous choisissez bien les fruits et légumes que vous utiliserez pour fabriquer de l’alcool, si vous les nettoyez bien, si vous les stérilisez bien avec les moyens à votre portée, un certain risque demeurera, mais il sera très minime.

Ce guide vous expliquera les méthodes généralement utilisées par les amateurs pour réduire ces risques au minimum.

Bien qu’importante, la stérilisation du matériel est loin d’être complexe et s’effectue facilement avec des ingrédients ou méthodes que vous possédez probablement déjà à la maison. Ce sujet sera démystifié plus loin.

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